Discours du député Richard Mallié à l'occasion de la journée d'hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie, le 5 décembre 2011 à Gardanne
> Version texte :
Monsieur le Président MARTIN
Monsieur le Président JORION
Mesdames, Messieurs les représentants du monde combattant
Aujourd’hui, en ce 5 décembre 2011, nous sommes rassemblés pour rendre l’hommage de la République aux 25 000 soldats français tombés pendant la guerre d’Algérie, les combats du Maroc et de la Tunisie.
Appelés du contingent, militaires, harkis, membres des forces supplétives, ils ont répondu à l’appel de la Nation.
Ils ont servi la France à l’un des moments les plus douloureux de son histoire.
Quand tout semblait vaciller, quand le pays semblait succomber aux pires divisions et aux troubles les plus graves, quand la République elle-même semblait défaillir, ils ont tenu.
Nous n’oublions pas leur sacrifice, nous n’oublions pas leur mémoire. Nous voulons que, plus jamais, un tel conflit ne puisse se reproduire. Nous voulons poursuivre l’œuvre de réconciliation des mémoires, nous voulons construire un avenir de paix, de compréhension, de confiance et d’amitié avec nos voisins du Sud de la méditerranée.
Aujourd’hui nous sommes rassemblés pour dire la reconnaissance de la République à tous les anciens combattants d'Afrique du Nord.
De 1952 à 1962, ils ont été plus d'un million et demi venus de toutes les régions de France et appelés à servir par-delà la Méditerranée, sur cette terre, si belle et si proche, qui resterait à jamais gravée dans leur cœur et leur mémoire.
Ils y ont appris le devoir, le courage, la fraternité des armes. Ils ont appris combien être français exigeait de sacrifice. Ils ont vu leurs camarades tomber.
Dans le bled, le désert ou le djebel, ils ont traversé les plus terribles épreuves, celles qui vous marquent à jamais et font de vous des hommes.
Je veux leur dire, aujourd’hui, à tous, notre respect et notre reconnaissance.
Aujourd’hui nous sommes rassemblés pour rendre l'hommage légitime de la Nation à la mémoire des civils français tombés pendant la guerre d'Algérie.
Ils aimaient la France et ils aimaient cette terre algérienne à laquelle ils avaient, depuis des générations, tant donné : leur travail, leur joie et leur peine, leur vie toute entière.
Aujourd’hui nous sommes rassemblés pour dire, aux harkis et aux rapatriés, qu’en ce jour où la France commémore les victimes de la guerre d’Algérie nous nous souvenons de ce que fut leur tragédie. Nous savons qu’elle ne s’arrêta pas le jour du cessez-le-feu, mais qu’elle se poursuivit, avec combien de douleurs et, parfois, d’horreurs.
Ils durent tout quitter : les paysages qui les avaient vus grandir, les maisons qu’ils avaient construites, tout ce qu’ils aimaient et dont ils seraient, désormais, privés.
Ils ont droit au respect. Ils ont droit au respect.
Les harkis, notre pays en est fier. Ils ont tout donné, ils ont tout quitté, parce qu’ils avaient fait le choix de notre pays.
Et si l’on veut savoir aujourd’hui ce qu’est l’identité nationale, alors écoutons les harkis. Leur histoire nous dit : être français, c’est choisir la France et l’aimer par-dessus tout.
La guerre d’Algérie fut une guerre terrible. Elle a eu ses morts, civils et militaires, dont nous honorons aujourd’hui le souvenir. Elle a eu ses blessés. Elle a causé d’immenses souffrances, chez les Français et chez les Algériens. Elle a laissé, dans notre mémoire nationale, des cicatrices profondes. Aujourd’hui, ce que nous voulons, c’est construire un avenir meilleur, de paix définitive, de compréhension et d’amitié entre les deux peuples.
N’oublions pas ce que fut la guerre d’Algérie. Non pas pour raviver les plaies d’un passé douloureux, mais pour construire une mémoire réconciliée, une mémoire sereine, une mémoire apaisée.
Certains commémorent le 19 mars comme la date correspondant à la fin de la guerre d’Algérie.
Je tiens à dire que je n’ai jamais participé et que je ne participerai pas à la commémoration du 19 mars.
Je ne veux offenser personne, mais il y a une réalité historique.
Quelle est cette réalité ?
Il y eut dans l’année suivant – je dis bien suivant - le cessez-le-feu du 19 mars 1962, plus d’enlèvements et d’assassinats de Harkis, ou civils européens que durant toutes les années de la guerre d’Algérie.
Comment ne pas évoquer également les massacres d’Oran. Ils commencèrent dans la matinée du 5 juillet 1962, le jour officiel même de l’indépendance.
Ces massacres prirent fin officiellement … officiellement… le soir, mais dans les centres de détention où avait été rassemblée la population européenne, des tueries abominables continuèrent pendant plusieurs jours.
Le nombre de victimes du massacre d’Oran se compte en milliers de morts, hommes, femmes et enfants.
Au total, c’est plus de 150 000 harkis et plus de 10 000 pieds-noirs qui ont été tués après, après, la date du 19 mars 1962.
C’est pourquoi, il y a pour moi qu'une seule date pour la commémoration de la fin de la guerre d'Algérie : le 5 décembre.
C’est pourquoi, nous avons déposé avec Thierry Mariani une proposition de loi de visant à établir « la reconnaissance par la France des souffrances subies par les citoyens français d'Algérie, victimes de crimes contre l'humanité du fait de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique »
La date 19 mars 1962 représente pour beaucoup de nos compatriotes pieds-noirs ou Harkis le début des souffrances et des drames
A l’approche du 50ème anniversaire de l’exode de toute une population arrachée à sa terre natale, j’ai la conviction que seule la date du 5 décembre permet une commémoration dans la dignité, le respect et le recueillement.
Je vous remercie
A voir aussi :
Richard Mallié : pas question de commémorer le 19 mars 1962 ! [vidéo]
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|








